Après le sommet du 15 août en Alaska, on nous avait annoncé une rencontre entre Vladimir Poutine et Vlodomir Zelensky pour la fin du mois d’août, voire le tout début du mois de septembre...
Il n’en fut rien. Quelles en sont les raisons ?
En premier lieu, il y a bien sûr la question des garanties de sécurité pour l’Ukraine qui seraient assurées par l’UE, l’OTAN et sans doute les États-Unis ‒ dispositions qui ne devaient pas convenir aux Russes. Ensuite, l’endroit de la rencontre russo-ukrainienne, à savoir Moscou, proposé à plusieurs reprises par Vladimir Poutine, a été refusé par les Ukrainiens, et la question du choix d’un autre endroit reste toujours en suspens. Enfin, et comme nous le disions dans notre article précédent, les demandes russes furent repoussées par l’Ukraine, qui réclame pour sa part le retour à sa situation d’avant 2014, c’est-à-dire la récupération de la Crimée et des oblasts du sud-est, soit le Donbass.
Rappelons ici que le Kremlin demandait d’une part de figer le front actuel, de désarmer l’Ukraine, d’entériner la conquête des oblasts du Donbass et l’annexion de la Crimée ; d’autre part, Kiev devait également s’engager à ne pas intégrer l’OTAN.
Cette dernière demande resterait en suspens. Mais à ce stade, il est compliqué de savoir si cela suffirait à Moscou. Et d’ailleurs, l’Ukraine ne l’envisage pas sans les garanties de sécurité de la part des Occidentaux évoquées plus haut et que les Russes ont jusqu’à présent rejetées.
En attendant, la guerre continue, et ce sommet d’Anchorage, qui fut certes spectaculaire, semble rester sans lendemain, du moins à ce stade. L’Union Européenne se retrouve donc à devoir soutenir son allié face à Moscou avec un soutien en fournitures matérielles des États-Unis ‒ celles-ci restant à charge de l’UE, ainsi que Donald Trump l’a précisé.
La question des sanctions demeure, bien sûr. Mais depuis 25 ans que Vladimir Poutine est au pouvoir, les diverses sanctions prises sont restées sans grand effet. Ursula von der Leyen annonçait fin août un 19e train de sanctions sévères, mais seront-elles efficaces ?
La Russie, rappelons-le une fois encore, est une puissance avant tout eurasiatique, et les sanctions occidentales auront eu pour effet une réorientation vers l’Asie centrale et l’Extrême-Orient des alliances et échanges économiques de Moscou. À ce titre, le sommet de l’OCS (Organisation de Coopération de Shangaï), qui vient de tenir en Chine à Tianjin du 31 août au 1er septembre, est tout à fait significatif, nous présentant un monde eurasiatique en plein essor. Ce fut aussi l’occasion d’y voir associer à nouveau les BRICS+ et par extension ce que l’on appelle désormais le Sud global. La parade militaire qui devait suivre, célébrant les 80 ans de la fin de la Seconde Guerre mondiale avec la défaite du Japon, restera elle aussi dans les mémoires comme symbole d’une nouvelle recomposition des relations internationales.
Que dire de plus, sinon que comme souvent dans l’Histoire russe, si changement il devait y avoir, celui-ci viendra sans doute de son pouvoir central. On se souviendra d’exemples marquants dans l’Histoire comme l’abdication de Nicolas II à la faveur de la révolution russe le 15 mars 1917, ou encore les politiques de perestroïka et de glasnost initiées par Gorbatchev à partir de 1985, menant à la fin de l’URSS en décembre 1991 et la dislocation à la fois du bloc de l’Est mais aussi de l’Union soviétique elle-même.
Emmanuel Macron devait annoncer en marge du sommet franco-allemand du 29 août dernier que si aucune rencontre russo-ukrainienne n’avait lieu avant le dernier week-end d’août, que cela signifierait que « le maître du Kremlin se sera joué de Donald Trump ». La France et l’Allemagne devaient promettre également à l’Ukraine une aide au renforcement de sa défense aérienne, Kyïv et Kharkiv ayant subi de lourds bombardements à la fin du mois d’août.
On peut donc constater que le sommet d’Anchorage n’a pas pu aboutir à la fin du conflit, ni même à un cessez-le-feu.
De son côté, Donald Trump poursuit sa nouvelle diplomatie en forme de coups d’éclat et devait annoncer, pour faire écho à notre article précédent, son souhait de rencontrer avant la fin 2025 le leader nord-coréen… Une reprise sans doute de son chantier avec la Corée du Nord laissé en jachère lors de son premier mandat ?
La rencontre États-Unis – Russie restera donc un événement car étant la première depuis 2021 et le déclenchement du conflit. L’initiative peut déboucher sur autre chose que ce conflit en cours depuis bientôt quatre ans.
Accrochons-nous donc à cette hypothèse d’espérance pour une paix future et des temps meilleurs. Pour le moment, les frappes russes sur l’Ukraine continuent de pleuvoir, de plus en plus massives. Et les drones de Moscou abattus au-dessus de la Pologne le 10 septembre dernier, l’activation de l’article 4 de la Charte de l’OTAN et l’envoi tout récent par la France d’avions de chasse pour protéger l’espace aérien polonais, ne nous rendent pas optimistes pour un retour au calme.