Jouissant de davantage de liberté, les étudiants en université tendent souvent à faire de leur style vestimentaire un moyen d’expression de leur personnalité. Lieu où les codes vestimentaires s’avèrent moins stricts que dans l’enseignement secondaire, les facultés semblent offrir un espace où les jeunes adultes s’affranchissent du regard des autres.
La fin du contrôle normatif sur les tenues
À l’université, les étudiants bénéficient d’une grande liberté vestimentaire, contrastant avec les règles imposées au collège et au lycée. Les tenues des élèves et surtout des jeunes femmes sommées de s’habiller de manière « républicaine » dans le secondaire ont régulièrement fait l’objet de débats politico-médiatiques. Si les crop-tops, décolletés ou shorts sont généralement prohibés car ils laissent apparaître trop de peau, les vêtements couvrant l’intégralité du corps ne sont pas à l’abri des reproches et du scandale, à l’instar de l’abaya au cœur des débats de la rentrée 2023. Des codes vestimentaires rigides, notamment eu égard à l’interdiction du port de signes religieux ostensibles en vertu de la loi du 15 mars 2004 sur la laïcité, qui proscrit le port du voile dans les écoles publiques.
L’entrée en faculté marque dès lors un changement pour les étudiants qui sont davantage libres de s’habiller comme bon leur semble, et faire de leur style vestimentaire un véritable miroir de leur personnalité.
Se défaire du regard des autres
Si suivre les tendances ‒ généralement issues des réseaux sociaux ‒ est un moyen pour les jeunes adultes d’appartenir à un groupe dans les collèges et lycées, l’université permet une forme d’émancipation à cet égard. La mode devient une façon de se distinguer et revendiquer son individualité. Lieux de « socialisation secondaire » selon Durkheim, les établissements scolaires jouent un rôle clé dans la construction de l’identité des étudiants. Les vêtements comme langage silencieux reflétant des pratiques et positions dans l'espace social rappellent le concept d’hexis théorisé par Bourdieu : une notion qui désigne la manière dont l’individu exprime ses dispositions sociales et culturelles à travers son corps et son apparence. Ainsi, à l’université, le jeu de l’hexis est défait des contraintes réglementaires, devenant une opportunité pour chacun de se découvrir. Les effectifs nombreux des campus semblent libérer les élèves du poids du regard des autres.
« Dis-moi comment tu t’habilles et je te dirais ce que tu étudies »
En dépit de l’apparente liberté laissée aux étudiants concernant leurs codes vestimentaires, les filières et campus continuent malgré tout d’orienter le style des élèves. Tenues formelles en faculté de droit ou d’économie, habits plus créatifs dans les études d’art : une différenciation qui peut s’analyser selon le concept de « rôle social » d’Erving Goffman. Une notion qui souligne que, bien que formellement libres de s’habiller à leur goût, les individus se conforment à des règles tacites issues des contextes dans lesquels ils évoluent. Un ajustement de leur comportement, et plus particulièrement ici, de leurs tenues pour s’adapter aux normes attendues, témoignant malgré tout de l’appartenance à un groupe social.