Des pesticides détectés dans des protections hygiéniques : les ONG tirent la sonnette d’alarme, un article de Charlotte Gautier

Une enquête menée au Royaume-Uni en mai dernier par plusieurs ONG, dont Pesticide Action Network UK, révèle des niveaux inquiétants de glyphosate dans plusieurs marques de tampons distribuées dans le pays. Les organisations appellent à une régulation renforcée en raison des nombreux risques pour la santé.




Par Aujourd'hui la Turquie
Publié en Mai 2026

Une quinzaine de marques concernées

Des résidus de pesticides, notamment de glyphosate, ont été retrouvés dans des tampons hygiéniques commercialisés au Royaume-Uni. Ce nouveau rapport, réalisé par des ONG spécialisées dans la surveillance des substances chimiques agricoles, incrimine plus d’une quinzaine de marques actuellement sur le marché. Selon leurs résultats, certains produits présentaient des concentrations de glyphosate atteignant 0,004 mg/kg, soit 40 fois la limite autorisée dans l’eau potable, fixée par la réglementation européenne à 0,0001 mg/kg.

Le glyphosate est un herbicide couramment utilisé dans la culture du coton, matière première de nombreux tampons. L’enquête souligne également la présence d’AMPA, un produit de dégradation chimique du glyphosate, ce qui témoigne d’un usage intensif en amont, dès la production agricole.

Des risques pour la santé préoccupants

Bien que le glyphosate soit autorisé dans plusieurs pays, il fait depuis des années l’objet d’un débat scientifique et sanitaire. En 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’a classé comme substance « probablement cancérogène pour l’homme ». Outre ce risque, le glyphosate est également suspecté d’avoir des effets perturbateurs sur le système hormonal, d’altérer la fertilité et de contribuer à l’apparition de maladies chroniques, notamment rénales ou neurologiques. Dans le cas des tampons, l’inquiétude est d’autant plus grande que le produit est en contact direct avec la muqueuse vaginale, une zone très perméable. Cela pourrait favoriser une absorption directe des résidus chimiques, même à faibles doses, dans le système sanguin. « Les femmes, les jeunes filles et les personnes qui ont leurs règles utilisent en moyenne 11 000 produits menstruels jetables au cours de leur vie. Malgré l’utilisation prolifique de ces produits, l’impact potentiel sur la santé des substances chimiques qu’ils peuvent contenir reste largement ignoré », rappelle l’ONG Pesticide Action Network, co-auteure du rapport.

Un appel à une régulation renforcée

En l’absence de réglementation spécifique sur les résidus de pesticides dans les protections périodiques, PAN UK appelle à une réaction des autorités de santé britanniques et européennes. L’ONG réclame la mise en place de seuils de résidus tolérables pour les produits d’hygiène intime, à l’image de ce qui existe pour les denrées alimentaires, ainsi que des tests systématiques et indépendants sur les matières premières utilisées, et une transparence totale de la part des fabricants sur la composition de leurs produits. Cette enquête relance le débat sur la réglementation des protections menstruelles, encore peu encadrées malgré leur usage quotidien et prolongé. En France, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) avait déjà recommandé en 2018 de surveiller la composition de ces produits, sans pour autant imposer de norme contraignante.