Les petits réacteurs modulaires (Small Modular Reactors) suscitent un intérêt croissant de la part de la filière du nucléaire en tant que solution potentielle pour la transition énergétique. De par leur conception modulaire, ils offrent la possibilité d’être produits en série, vecteur d’une réduction significative des coûts de production. Malgré les avantages théoriques, la réalité du marché reste complexe, et les projections concernant leurs effets positifs varient.
Les SMR, objet de développement de nombreux projets
Selon l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), plus de 70 modèles commerciaux de SMR sont actuellement en développement, avec des applications diverses notamment dans la production d’électricité, le chauffage ou encore le dessalement de l’eau. Parmi les acteurs de cette révolution, la start-up Naarea, fondée en 2020 par Jean-Luc Alexandre, ancien d’Alstom et de Suez. L’entreprise entend casser les codes de l’industrie nucléaire traditionnelle en misant sur un modèle de réacteur encore plus compact : un XMAR (Extra Small Advanced Modular Reactor). Une approche inspirée notamment des méthodes de production de SpaceX selon le patron de la start-up, en référence à la manière dont l’entreprise américaine a modifié les codes de l'industrie spatiale. Outre Naarea, d’autres acteurs internationaux comme Nuward (filiale d’EDF) ainsi que d’autres entreprises russes ou américaines se sont lancés dans la course à l’innovation dans le domaine, développant chacun leur propre modèle.
Le fonctionnement des SMR
Réacteurs à faible puissance (généralement inférieure à 300 MW), les SMR sont conçus pour être produits en série, dans les usines et non sur site comme les grandes centrales nucléaires, permettant ainsi une réduction des coûts de production. Leur fonctionnement repose sur des technologies variées : certains utilisent des réacteurs à eau pressurisée, semblables à ceux des grandes centrales, tandis que d’autres explorent des concepts plus innovants comme les réacteurs à sels fondus et à neutrons rapides, à l’instar du projet de Naarea. L’objectif de ces réacteurs est de fournir une énergie décarbonée et continue à des sites industriels isolés ou des infrastructures à forte demande énergétique. Cette innovation est envisagée comme une solution complémentaire aux énergies renouvelables. Toutefois, bien que les perspectives de déploiement à grande échelle soient intéressantes, il subsiste un flou concernant la compétitivité des SMR par rapport à d’autres sources d’énergie.
Un marché limité
Présentés comme la solution de demain, les SMR sont malgré tout confrontés à des défis majeurs. Tout d’abord, la taille du marché des petits réacteurs reste limitée. Le nucléaire, bien que source d’énergie stable, représente seulement 10 % de la production d'électricité mondiale, et ne devrait pas connaître une croissance spectaculaire dans les années à venir du fait de la concurrence croissante des énergies renouvelables. De surcroît, les coûts de production restent encore élevés en raison de la lenteur de leur développement industriel. Chaque projet nécessite des investissements colossaux et la perspective d’une réduction des coûts de production tient à la condition d’un développement de cette technologie à grande échelle. Le secteur reste dominé par un nombre réduit de fabricants, compliquant la perspective d’une production en série. Aussi, les exigences géopolitiques autour du nucléaire tendent à rendre difficile l’harmonisation des standards techniques au regard des préoccupations stratégiques et sécuritaires de chaque pays.
Un secteur qui semble donc prometteur, mais dont l’avenir dépend des investissements dans ces technologies afin de permettre un déploiement à grande échelle et s’assurer de leur viabilité à long terme.