Le sommet d’Anchorage entre les États-Unis et la Russie et ses conséquences : vers une issue du conflit en Ukraine ?

C’est sans doute un des événements internationaux les plus marquants de cet été 2025, à savoir le retour des sommets USA-Russie dont le dernier remonte à la présidence de Joe Biden à Genève le 16 juin 2021 ‒ un moment important où Vladimir Poutine avait alors rappelé les fameuses « lignes rouges » que l’Occident ne devait pas franchir. On connait bien sûr la suite tragique de tout cela.

Par Dr. Olivier Buirette
Publié en Mai 2026

On rappellera aussi que Vladimir Poutine et Donald Trump s’étaient rencontrés déjà lors du premier mandat de ce dernier.

Depuis, le conflit latent entre la Russie et l’Ukraine ‒ commencé en fait en 2014 avec l’annexion de la Crimée et la guerre du Donbass ‒ devait entrer dans une phase plus active avec cette guerre entre les deux pays qui éclata le 24 novembre 2022 et que Moscou qualifie encore d’ « opération militaire spéciale », mais qui fut bel et bien un début d’invasion.

Le retour au pouvoir de Donald Trump en janvier 2025 et sa nouvelle vision de la diplomatie internationale mise en place très rapidement devaient redistribuer les cartes sous la forme que l’on commence à appeler la « diplomatie transactionnelle ».

Cette idée d’un retour à une rencontre bilatérale entre les deux pays devait faire son chemin d’une manière chaotique certes, mais finalement aboutir au sommet du 15 août 2025. On avait prévu d’aborder la question de la guerre en Ukraine, mais sans la présence de son président. C’est pourquoi une rencontre préalable fut prévue le mercredi 13 août entre les États-Unis, les acteurs européens et l’Ukraine pour en quelque sorte avoir une position occidentale unie face à Vladimir Poutine le 15 août.

C’est sur fond de cette évidence que l’on ne peut quand même pas régler le sort d’un pays en guerre sans que les deux belligérants ne soient présents, que cette réunion de Berlin organisée par l’UE eu lieu le 13 août 2025, soit 48 heures avant le sommet États-Unis Russie.

Bien que la réunion de Berlin fût considérée comme « insignifiante » par la Russie, il n’en demeure pas moins que pour l’Ukraine il était hors de question de céder quoi que ce soit en réaffirmant l’exigence d’un retour aux frontières d’avant 2014.  

Que retenir donc de ce vendredi 15 août en Alaska pour ce qui restera dans l’Histoire comme le sommet de la base aérienne d’Elmendorf-Richardson au nord d’Anchorage ?

Au lendemain de la rencontre, beaucoup d’interrogations demeurent. À commencer par celle de l’aboutissement d’un cessez-le-feu qui ne fut pas obtenu lors de la rencontre. Les premières réactions internationales parlent de points gagnés par la Russie dans son retour sur la scène internationale. L’image d’un Poutine fleurissant les tombes des parachutistes soviétiques morts en Alaska pendant la Seconde Guerre mondiale restera aussi quelque chose de marquant. Toutefois, rien ne devait vraiment sortir de ce sommet, si ce n’est l’amorce d’un éventuel processus vers une éventuelle paix.

Le sommet du 15 août aura été court. Peu d’informations ont été divulguées lors de la conférence de presse qui a suivi, si ce n’est que l’entente évoquée entre les États-Unis et la Russie sera ensuite proposée à l’Ukraine et transmise à l’UE et à l’OTAN pour information.

De son côté, la coalition des volontaires réunissant l’UE et le Président Zelensky devait aboutir à un rappel d’une position qui n’a pas varié, à savoir : pas d’échanges de territoires et pas question non plus de céder ce qui a été annexé par la Russie depuis 2022, et de manière générale, le rappel de la nécessité de la récupération de l’intégrité territoriale de l’Ukraine depuis 2014 ‒ soit le Donbass et la Crimée comme nous l’avons évoqué plus haut.

C’est donc avec le rappel de cette position forte que la rencontre du 18 août eut lieu à Washington avec le président Trump, le président ukrainien Zelensky, et des représentants européens de la coalition des volontaires.

Le président Trump devait rappeler de son côté que les prérequis d’un éventuel accord étaient qu’il n’y aurait pas de retour de la Crimée à l’Ukraine et pas d’entrée de cette dernière dans l’OTAN. 

Que dire alors de la rencontre du 18 août à Washington et du résumé des décisions prises suite à ce meeting entre les principaux représentants de l’UE, Donald Trump et donc Volodymyr Zelensky ?

Une première rencontre bilatérale est manifestement acquise d’ici septembre, entre les chefs d’États russe et ukrainien. Celle-ci sera suivie par une rencontre trilatérale : États-Unis Russie Ukraine, sans doute avec un appui européen, le tout sur fond des fameuses garanties de sécurité pour l’Ukraine que les États-Unis mais aussi les Européens assureraient.

Au moment où nous terminons cet article, soit le 19 août 2025, il n’est donc pas question de cessez-le-feu ni de signature d’un accord de paix, et pas plus de concessions territoriales ‒ du moins pour le moment, le président ukrainien renvoyant cette question à sa rencontre prévue avec le président russe.

Que conclure donc de cette rencontre entre Vladimir Poutine et Donald Trump en Alaska, et de ce qui a suivi entre les 15 et 19 août ? Pour ma part, cela me rappelle les deux sommets internationaux du premier mandat de Donald Trump avec le leader de la Corée du Nord, Kim Jong Un. On avait là aussi frôlé le pire. Le premier sommet à Singapour, le 12 juin 2018, avait montré ses limites, même si on était resté sur des intentions de paix communes. Il fut suivi le 30 juin 2019 par les images impressionnantes du franchissement de la ligne de démarcation entre les deux Corée (la DMZ à Panmunjom) par Donald Trump et le numéro un nord-coréen.

À ce jour, il ne reste plus grand-chose de cette amorce de détente entre les États-Unis et la Corée du Nord, si ce n’est une ébauche d’ouverture qui sera peut-être reprise un jour.

Sur le conflit entre la Russie et l’Ukraine, qui dépasse à présent presque 1,5 millions de morts ou blessés civils et militaires des deux côtés, essayons de garder une note d’espoir également, en disant que tout aussi spectaculaires qu’auront été ces derniers jours, ceux-ci auront peut-être contribué à faire avancer la cause de la paix dans la tragédie qu’est cette guerre. Nous reviendrons sur les suites de tout cela dans un prochain article. 

Ce qu’il faut surtout retenir du sommet d’Anchorage, c’est finalement qu’il a enclenché un processus. Et c’est important.

Dr Olivier Buirette