Les minorités en Moldavie et leur importance

Dynamiques historiques et enjeux contemporains des minorités moldaves



Par Dr. Olivier Buirette
Publié en Mai 2026

Quand on évoque la Moldavie aujourd’hui, on pense en premier lieu à ce petit pays d’Europe orientale enclavé entre la Roumanie ‒ membre de l’UE et de l’OTAN ‒ et une Ukraine en plein conflit avec la Russie depuis 2022, voire depuis 2014.

En fait, une fois encore, quelques petits retours historiques vont nous permettre de mieux comprendre cet espace des confins européens si tourmentés ces dernières années.

Bien avant la constitution de la Grande Roumanie issue du Traité de Trianon signé le 4 juin 1920, il nous faut revenir au long XIXe siècle et à l’époque de ce que l’on appelait les « principautés de Roumanie » qui devaient trouver leur autonomie puis leur indépendance suite au reflux de l’Empire ottoman dans la région, à savoir : une partie de la Transylvanie, la Valachie et la Moldavie.

C’est de ce foyer roumain que naitra ce que les historiens appelleront la Grande Roumanie, intégrant cette fois toute la Transylvanie, ainsi qu’au sud une bonne partie de la Dobroudja et d’autres éléments de territoires retranchés des États vaincus alliés de l’Allemagne pendant la Guerre de 14-18 et attribués à la Roumanie.

Jusqu’en août 1939, rien ne semblait devoir changer ; sauf que le pacte germano-soviétique signé entre Hitler et Staline, en plus de ses clauses bien connues concernant la Pologne et les États baltes, concernait aussi la Moldavie, pourtant province fondatrice de l’identité nationale roumaine au XIXe siècle. Celle-ci se voit alors attribuée à l’Union soviétique de Staline qui en fit une RSS (république socialiste soviétique) dès le début de la Seconde Guerre mondiale en septembre 1939.

Ce petit pays fut soviétisé et Staline, pour mieux le contrôler, donna à ses minorités des régions autonomes ‒ ce qu’il faisait déjà du temps de la révolution bolchévique alors qu’il était commissaire aux nationalités ‒ comme ce fut le cas pour la RSS d’Arménie et la RSS d’Azerbaïdjan par exemple.

C’est ainsi que la région tampon entre la RSS de Moldavie et la RSS d’Ukraine devint la Transnistrie, où les Russes étaient majoritaires. Il en fut de même pour les autres minorités de cette région, comme par exemple les Gagaouzes ou les Cosaques… 

Si nous nous approchons d’une carte de l’actuelle république de Moldavie, on notera la répartition suivante des groupes ethniques qui la composent : 82,07 % de Moldaves, et des groupes minoritaires (6,57 % d’Ukrainiens, 4,06 % de Russes) que l’on va retrouver dans la région de Transnistrie autoproclamée comme pour les Ukrainiens à l’est du pays, puis 4,57 % de Gagaouzes, peuple musulman de 172 500 habitants, dans une Gagaouzie au statut autonome située dans le sud, ou encore 1,88 % de Bulgares.

Étant donné les frontières orientales de la Moldavie, ces taux de minorités ne nous surprennent pas, car c’est l’une des caractéristiques des confins de l’Europe orientale souvent sujette à beaucoup de remaniements de frontières. Rappelons-nous qu’avant le XXe siècle, nous avions dans ce vaste espace de grands ensembles impériaux : l’Empire ottoman, l’Empire russe et l’Empire d’Autriche-Hongrie pour les principaux.

Toutefois, les points de tensions dans la région peuvent jouer sur ces groupes minoritaires tout comme ce fut le cas pendant l’entre-deux-guerres. Et c’est un des enjeux de la stabilisation régionale à venir et dans un sens, un des défis à relever pour ce XXIe siècle qui commence son second quart en cette année 2025.

Dr Olivier Buirette