Le Groenland, obsession américaine et russe, un article écrit par Charlotte Gautier

Suite aux déclarations de Donald Trump concernant la « nécessité » de s'emparer du Groenland, son homologue russe, qualifiant les projets américains de « sérieux », redoute que le Grand Nord ne devienne un tremplin pour d'éventuels conflits. 




Par Aujourd'hui la Turquie
Publié en Mai 2026

Position géographique stratégique

« Il s'agit d'un projet sérieux de la part des États-Unis concernant le Groenland, un projet qui a des racines historiques anciennes », avait déclaré Vladimir Poutine le 26 mars dernier lors d'une conférence à Mourmansk consacrée à l'Arctique. Et le 28 mars, le président américain a en effet annoncé son intention de s'emparer du Groenland pour des raisons de sécurité internationale, à l’occasion de la visite de son vice-président, J.D. Vance, à la base militaire de Pituffik sur le territoire. Une ambition ancienne de Donald Trump qui, en 2019, avait déjà proposé d’acheter le territoire.

Situé au cœur de l’Arctique, le Groenland est un territoire à la position de plus en plus stratégique, notamment du fait du changement climatique. La fonte des glaces ouvre de nouvelles routes maritimes réduisant les distances entre l’Europe et l’Asie, ce qui pourrait concurrencer le canal de Suez. Pour Washington, s’emparer du Groenland serait un moyen de sécuriser les routes maritimes pour éviter toute domination stratégique, eu égard aux velléités russes et chinoises dans la zone arctique.

À noter qu’il est clair que la course au Grand Nord ne se résume pas seulement à des ambitions militaires. Ce territoire indépendant du Danemark est notamment riche en ressources naturelles telles que l’uranium et les terres rares, minéraux stratégiques essentiels pour les technologies modernes. Aussi, l'exploitation des ressources pétrolières et gazières des eaux groenlandaises devient de plus en plus viable du fait de la fonte de la banquise, offrant ainsi de réelles opportunités d'exploration énergétique. Une opportunité pour les investissements internationaux qui tend à exacerber les rivalités géopolitiques.  

Rejet du projet américain et répercussions géopolitiques

Le nouveau Premier ministre du Groenland, Jens-Frederik Nielsen, s'est fermement opposé aux ambitions de Washington concernant le territoire, affirmant dans un message sur Facebook que les États-Unis « n’obtiendront pas le Groenland, (...) nous n’appartenons à personne et décidons de notre propre avenir ». Parallèlement, la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a déclaré sur la chaîne TV2 que « le Groenland n’est pas à vendre ». Les tensions montent des deux côtés de l'Arctique, d'autant que les justifications du projet américain critiquent la gouvernance du territoire. « Vous n’avez pas fait du bon travail. Vous avez sous-investi au Groenland et dans la sécurité de cette terre (...) il faut que cela change », a déclaré J.D. Vance, vice-président des États-Unis, lors de sa visite au Groenland fin mars.

Alors que la souveraineté groenlandaise est remise en question, Moscou s'inquiète de la militarisation de l'Arctique. Bien que le président russe ait affirmé que la question du Groenland appartenait au Danemark, il s'est dit « préoccupé par le fait que les pays de l'OTAN considèrent de plus en plus le Grand Nord comme un tremplin pour d'éventuels conflits », surtout depuis l'adhésion de ses voisins finlandais et suédois à l'alliance. « La Russie n’a jamais menacé personne dans l’Arctique, mais nous suivrons de près l’évolution de la situation et mettrons en place une réponse appropriée en renforçant nos capacités militaires et en modernisant nos infrastructures », a-t-il déclaré lors d'un forum politique dans le port arctique de Mourmansk. En conséquence, Poutine entend renforcer la présence militaire russe dans l'Arctique et s'engager dans une coopération internationale plus large dans la région afin d'asseoir son influence. Dans ce cadre, la Russie mise sur des projets de collaboration avec ses voisins nordiques et d’autres puissances internationales, à l’instar de l'initiative du projet de développement du passage du Nord-Est avec la Chine et le Japon.

Charlotte GAUTIER