Louis Vuitton a lancé une nouvelle collection de portefeuilles. Sur chaque modèle, on voit de petites scènes de sport imprimées sur la toile Monogram colorée. Des skieurs, des golfeurs, des ombres, le tout en miniature. Le résultat est très beau. Mais sur Instagram, une polémique a éclaté. Un artiste célèbre en ligne, Werner Bronkhorst, dit que Louis Vuitton a copié ses œuvres. Et il envisage de porter plainte.
Ce qui m’a tout de suite intéressée dans cette affaire, c’est le paradoxe. Louis Vuitton est une marque qui dit valoriser les artistes. Elle a sa propre fondation à Paris, que j’adore, c’est un lieu vraiment impressionnant. Elle collabore avec de grands noms comme Jeff Koons, Yayoi Kusama ou Takashi Murakami. Mais ici, elle semble avoir pris l’idée d’un artiste « Instagram » sans même mentionner son nom. Alors, je me demande : qu’est-ce qui fait qu’un artiste est un « vrai » artiste ? Qu’est-ce qui donne de la valeur à une œuvre ?
Je ne veux pas refaire tout le débat depuis Duchamp… Il est un fait qu’aujourd’hui, le monde de l’art a encore changé avec l’arrivée des artistes contemporains qui partagent leur travail sur les réseaux sociaux.
De loin, le monde de l’art peut sembler magique. Mais en réalité, il est souvent basé sur le commerce. Il ne suffit pas qu’une œuvre nous touche pour qu’elle prenne de la valeur. Ce qui compte, c’est qui l’a achetée, qui l’a ajoutée à sa collection. Qui a investi dans l’artiste. Et quel collectionneur a convaincu un curateur de l’inclure dans une exposition de musée.
Les réseaux sociaux sont aujourd’hui devenus essentiels pour presque tous les artistes. Instagram est souvent la première porte d’entrée pour rencontrer un curateur, un collectionneur ou une galerie. Le compte Instagram devient le portfolio. Jusqu’à un certain point, c’est vrai. Mais ce n’est pas toute la vérité. Les artistes qui sont populaires sur Instagram ne sont pas vus comme des Damien Hirst par le monde de l’art.
Instagram est aussi un espace créatif où beaucoup cherchent de l’inspiration. Si vous suivez des gens qui travaillent dans l’art, votre fil devient un vrai mood board. Exposés sans cesse à des images, vous êtes forcément influencés. Cela rend les œuvres postées en ligne plus vulnérables.
Par exemple, un artiste avec 200 followers peut publier une œuvre. Un autre, avec un million de followers, voit cette œuvre, en fait une version très similaire et la publie. Tout le monde pense alors que l’idée vient de lui, car personne ne connaît l’artiste d’origine. Peut-être que Bronkhorst lui-même a aussi été influencé par d’autres, je n’ai pas fait de recherches. Il y a sûrement d’autres artistes qui font un travail similaire. L’inspiration, c’est un sujet complexe. Et prouver qu’une œuvre est copiée reste très difficile.
Une autre question que je me pose, c’est celle-ci : est-ce que le fait de montrer comment une œuvre est faite peut diminuer sa valeur ? Beaucoup d’artistes sur Instagram publient des Reels pour toucher plus de monde. On les voit créer leurs œuvres en accéléré, étape par étape. C’est fascinant à regarder, mais cela donne aussi une impression de facilité. Par exemple, Bronkhorst crée des fonds en relief très impressionnants, mais dans ses vidéos, cela paraît simple. Voir le processus de création amène-t-il à sous-estimer le travail de l’artiste ?
Et pour finir, je dois avouer quelque chose. En tant que personne un peu lassée de l’art contemporain et en quête de nouveauté, je ne suis pas souvent émerveillée par les artistes qui apparaissent dans mon fil Instagram. Il y en a dont j’admire beaucoup les couleurs ou le style. Mais je n’ai jamais ressenti le choc ou l’émerveillement que j’ai eu, par exemple, en découvrant pour la première fois le travail de Refik Anadol. Je dois être honnête sur ce point.
Tout cela me pousse à réfléchir encore plus à ce que l’on attend de l’art aujourd’hui. À quoi ressemble un « vrai artiste » à l’époque des Reels et des likes ? Et surtout, qui a le droit d’être vu, reconnu, ou copié ? Le monde de l’art change lentement, et pas toujours de manière juste. Mais ces nouvelles tensions nous obligent à poser de bonnes questions. Et ça, c’est déjà une bonne chose.
Sırma Parman