À l'époque de la Renaissance, alors que les mondes de l'art et de la sculpture s'entrechoquaient avec une vigueur vivifiante, deux géants de cette époque s'affrontaient avec une âpreté telle que nous en parlons encore. La rivalité entre Michelangelo Buonarroti et Raphaël Sanzio fut l'une des querelles les plus intenses, les plus célèbres et les plus personnelles de l'histoire de l'art. Tous deux titans incontestés de leur époque, leurs relations furent ouvertement marquées par la jalousie, la confrontation et le dédain mutuel, en particulier de la part de Michel-Ange.
Certains historiens pensent que l'animosité de Michel-Ange envers Raphaël date de l’époque de leur ascension simultanée au début des années 1500 à Florence, en Italie, et que le pape lui-même l'a allumée au Vatican en encourageant leur création d'œuvres d'art, donc leur émulation. Michel-Ange, à l'époque, était déjà un sculpteur et peintre célèbre, et avait établi sa réputation avec des œuvres comme La Pietà et David.
Raphaël, une figure plus jeune et charismatique, est entré sur la scène artistique romaine en 1504 et a rapidement gagné la faveur du pape Jules II en raison de son immense talent pour peindre des sujets religieux. En 1508, Raphaël a été chargé de peindre des fresques dans la bibliothèque privée du pape au Vatican, battant Michel-Ange et même Léonard de Vinci pour cette même commande.
Cette commande fut un tournant pour Raphaël car il acquis une influence et une notoriété significatives au Vatican. Les fresques de Raphaël, en particulier L'École d'Athènes, ont été largement acclamées. Les critiques et les mécènes ont commencé à le comparer favorablement à Michel-Ange, louant la distance de Raphaël par rapport au maniérisme par son utilisation de figures plus réalistes, caractérisées par la grâce, la couleur et la composition. Giorgio Vasari, le biographe de la Renaissance, a même noté que certains considéraient Raphaël supérieur en peinture, en particulier par son utilisation de la couleur, l'exposition et plus de concentration sur la peinture de l'arrière-plan d'un tableau.
Michel-Ange, connu pour sa fierté et sa sensibilité, ainsi que pour son style unique de maniérisme, n'a pas du tout bien pris cela, et selon certains récits, il y a eu confrontation physique entre les deux. La rivalité s'est intensifiée lorsque Raphaël a inclus dans L'École d'Athènes un personnage qui ressemblait indubitablement à Michel-Ange. Le philosophe Héraclite, dépeint comme sombre et solitaire, avait les traits de Michel-Ange et était peint dans une pose mélancolique. Héraclite était connu comme « le philosophe qui pleure », et le portrait de Raphaël soulignait la réputation austère et peu sociable de Michel-Ange.
Le ressentiment de Michel-Ange s'est intensifié lorsque Raphaël, avec l'aide de l'architecte pontifical Bramante, aurait obtenu un accès non autorisé à la chapelle Sixtine pendant que Michel-Ange y peignait le plafond. Raphaël aurait utilisé cet aperçu pour adapter son style, incorporant des figures plus musclées et dynamiques rappelant l'œuvre de Michel-Ange ‒ et ce dernier accusa ouvertement Raphaël de le copier.
Des différences de personnalité ont également alimenté la querelle entre les deux titans. Raphaël était sociable, charmant et apprécié dans les cercles de la cour. Michel-Ange, en revanche, était reclus, capricieux et profondément religieux. Il menait une vie austère, en ermite. Le succès facile et le style de vie libre et aisé de Raphaël irritèrent probablement Michel-Ange, qui se considérait comme un serviteur souffrant de l'art divin.
Même après la mort prématurée de Raphaël en 1520 à l'âge de 37 ans, l'amertume et la rancœur de Michel-Ange persistèrent. Il dit un jour, comble de l’injustice : « Ce qu'il avait de l'art, il l'avait de moi »....
Cette rancune tenace souligne à quel point Michel-Ange se sentait menacé par le talent et la popularité de Raphaël, sans parler de sa jalousie envers son apparence élégante, prisée par les femmes de la noblesse. En substance, la haine de Michel-Ange pour Raphaël provenait d'un puissant mélange de rivalité professionnelle, d'insécurité personnelle et de tempéraments conflictuels. Leur querelle n'était pas seulement une question d'art ou de génie artistique, que tous deux possédaient. Il s'agissait d'héritage, de reconnaissance et de défauts humains auxquels même les artistes les plus renommés ne pouvaient échapper.