Edi Rama et l’Albanie après 12 ans de pouvoir

En juillet 2022, nous avions publié un article dans ces colonnes intitulé Edi Rama et la modernisation tranquille de l’Albanie. Qu’en est-il trois ans plus tard ? Nous vous proposons
ici d’aborder ce nouveau point d’étape sur cette longévité politique notable dans les Balkans. Edi Rama succéda à l’emblématique Sali Berisha en 2013. Ce dernier était resté au pouvoir
pendant huit ans depuis 2005 et avait été auparavant président du pays des aigles (cet autre nom pour d

Par Dr. Olivier Buirette
Publié en Avril 2026

Ce que l’on peut dire également, c’est que cette politique n’est pas toujours bien ressentie par la population albanaise, surtout après un long pouvoir jugé de plus en plus autoritaire : car il s’inscrit dans la durée depuis quatre élections législatives, la dernière remontant à sa reconduction lors du scrutin du 11 mai 2025 qui l’opposait à son vieux rival Sali Berisha à la
tête d’une coalition de droite promettant la relance économique. Le programme d’Edi Rama étant axé de son côté sur son bilan avec une promesse d’entrée dans l’Union européenne et la poursuite de l’ouverture vers le monde occidental. Les derniers décomptes devaient donner plus de 80 sièges sur les 140 du parlement albanais.
On rappellera les résultats de 2013 (84 sièges), de 2017 (74 sièges) et de 2021 (74 sièges). Le 16 mai, c’est donc Edi Rama qui devait accueillir le sommet de la Communauté politique européenne dont la 6 e réunion depuis sa création en 2022 devait se tenir justement à Tirana, après celles de Prague, de Mimi en Moldavie, de Grenade, de Woodstock et de Budapest.
Comment ne pas y voir une concrétisation pour l’œuvre accomplie, renforçant encore l’image d’une Albanie-pôle de stabilisation dans une région où les tensions se poursuivent ‒ comme encore récemment en Republika Srpska ou encore avec le Kosovo voisin, où la majorité de la population est albanaise et où les tensions subsistent, avec une Serbie elle-même traversée par
un important mouvement de contestation interne comme nous l’avons abordé dans un précédent article ?
La longévité de son pouvoir devra sans doute relever sur le plan intérieur le défi des multiples accusations d’autoritarisme, mais aussi des effets négatifs d’une politique jugée souvent
comme trop libérale, comme celle permettant la concurrence entre les universités et leur ouverture au marché, ce qui provoqua une augmentation des frais de scolarité. Sur le plan extérieur, après la levée en 2008 de l’obligation des visas Schengen et depuis l’adhésion du pays à l’OTAN en 2009, la réussite est la validation de la candidature à l’entrée dans l’UE en 2014 et la perspective de son entrée à l’horizon 2030. Toutefois, pour cette nouvelle législature, l’Albanie devra sans doute poursuivre sur les plans économique, social et
politique la composition des relations diplomatiques avec la Turquie voisine qui a toujours soutenu Tirana, mais aussi avec la nouvelle donne de dérégulation internationale que les
États-Unis ont mise en place depuis le retour de Donald Trump aux affaires début 2025. Dans cette optique, on notera aussi l’accord d’extraterritorialité signé avec l’Italie de Georgia Meloni en 2023 pour la rétention de migrants en situation illégale. De nombreux défis donc mais surtout une nette victoire pour cette 4 e réélection qui font, à n’en pas douter, que l’Albanie comptera plus que jamais dans la stabilisation de la région dans les années à venir.