Henry Kissinger, figure emblématique de la diplomatie mondiale

Le 29 novembre 2023, le monde apprenait avec regret le décès d’Henry Kissinger, acteur majeur de la diplomatie durant la Guerre froide. (un article de Hannah Berthomé)

Par Aujourd’hui la Turquie
Publié en Février 2024

Figure majeure de la politique américaine, il a notamment été secrétaire d’État américain de 1973 à 1977, et lauréat du prix Nobel de la paix en 1973 pour son rôle dans la résolution de la guerre du Viêt Nam. Aujourd’hui la Turquie avait d’ailleurs consacré un article à Henry Kissinger dans son édito d’août 2022. Retour sur une vie palpitante ayant marqué les relations diplomatiques contemporaines mondiales.

De l’Allemagne aux États-Unis, une carrière aux multiples casquettes

Henry Kissinger naît en 1923 en Allemagne. De confession juive, il est obligé de fuir son pays et se réfugie avec sa famille aux États-Unis en 1938. Il est par la suite naturalisé américain en 1943.

Durant la Seconde Guerre mondiale, il retourne sur ses terres natales et devient interprète pour les services secrets américains. Sa carrière au sein de l’État est alors lancée. Il rentre aux États-Unis à la fin de la guerre et étudie les sciences politiques à l’université d’Harvard, son fer de lance en politique. Il devient par la suite conseiller à la sécurité nationale américaine, puis prête serment en 1973 en tant que 56e secrétaire d’État. Il occupe ce poste tout d’abord sous le gouvernement républicain de Richard Nixon, puis sous celui de Gerald Ford.

Henry Kissinger est ainsi un diplomate américain, un politologue, et un consultant en géopolitique. Sa conception de la diplomatie repose sur le concept de realpolitik, c’est-à-dire la politique étrangère fondée sur le calcul des forces et l’intérêt national. Il joue ainsi un rôle majeur dans la diplomatie américaine de la Guerre froide en s’affirmant notamment dans la résolution de la guerre du Viêt Nam. Il est en effet l’un des artisans de la signature des accords de paix de Paris, des accords d’armistice conclus entre les différentes parties du conflit, permettant le désengagement militaire américain et ouvrant la voie à l’offensive finale des forces communistes et à l’effondrement du Sud Vietnam. Il inspire également la politique de la Détente (période de la Guerre froide de « coexistence pacifique », entre 1963 et 1980), et normalise les relations entre les États-Unis et la Chine à partir de 1971.

Sa carrière en politique s’achève par la création de Kissinger Associates en 1982, une entreprise de conseil en relations internationales qui assiste ses clients dans la négociation de contrats commerciaux avec les États.

Henry Kissinger, un prix Nobel de la paix controversé

Le diplomate américain a reçu le prix Nobel de la paix en 1973 pour son action dans la guerre du Viêt Nam. Cependant, sa politique étrangère ne fait pas l’unanimité et rencontre de nombreuses critiques. Deux membres du comité Nobel ont d’ailleurs démissionné en signe de protestation suite au choix de remettre le prix à Henry Kissinger. Ses détracteurs pointent notamment du doigt son soutien au coup d’État sanglant ayant renversé un gouvernement de gauche au Chili, ainsi que son inaction face à la « sale guerre » menée par l’armée argentine contre son peuple.

Son avis sur de nombreux sujets de politique extérieure lui ont valu des critiques. Plus récemment, Henry Kissinger, resté influent jusqu’à la fin de sa vie, avait suggéré à Donald Trump l’acceptation de l’occupation de la Crimée par la Russie. Il aurait cependant changé d’avis par la suite sur l’invasion de l’Ukraine, soutenant que le pays du président Zelensky devrait rejoindre l’OTAN une fois la paix assurée.

Henry Kissinger et le conflit israélo-arabe

En 1973, durant la guerre israélo-arabe, Nixon est enlisé dans le scandale du Watergate et ne peut plus présider le Conseil de sécurité nationale. Henry Kissinger en assure alors la direction militaire et diplomatique. Après n’avoir voulu apporter qu’un soutien limité aux Israéliens, Henry Kissinger, face à un risque de défaite israélienne, décide alors d’apporter un soutien massif à l’État hébreu et de mettre en place un pont aérien. Cette situation permet au diplomate de s’offrir un rôle de médiateur dans le conflit : après avoir armé les forces israéliennes et leur avoir donné l’avantage, il leur a imposé de stopper leur offensive.

Ainsi, malgré les controverses vis-à-vis de certaines de ses positions, Henry Kissinger, au cœur du pouvoir lors des événements les plus marquants du siècle dernier, reste une figure éminemment importante dans la diplomatie mondiale.

Hannah Berthomé